Un carnet de route posé sur la table d'un village de la Barbagia, un berger qui descend du maquis avec ses chèvres et vous demande si vous cherchez le nuraghe. Voilà l'image que je garde de la Sardaigne. Pas une plage. Pas encore une plage.
Quand on me demande que visiter en Sardaigne hors des sentiers battus, je réponds toujours la même chose : tout ce qui n'est pas sur le littoral. L'île reçoit énormément de monde sur ses côtes en juillet-août, mais les trois quarts de son territoire intérieur restent étonnamment vides. J'ai fait l'erreur, lors d'un premier séjour, de croire qu'il fallait « cocher » la Costa Smeralda avant de partir à la découverte. Résultat : deux heures de route pour un parking saturé et un déjeuner tiède à 28 euros.
Depuis, j'organise mes séjours dans l'autre sens. Et franchement, je ne reviendrais pas en arrière.
Points clés à retenir
- L'intérieur de l'île concentre plusieurs milliers de nuraghes, ces tours en pierre édifiées à l'âge du bronze, visibles presque nulle part ailleurs.
- La Barbagia et l'Ogliastra offrent des routes spectaculaires avec très peu de circulation hors saison.
- Les domus de janas et tombes de géants sont souvent gratuites et quasi désertes, accessible sans guide.
- Le meilleur moment pour visiter le centre : avril à juin, septembre et octobre.
- Prévoir des chaussures fermées : les sites archéologiques ne sont pas tous aménagés.
- Une voiture est indispensable. Les bus desservent les villes, pas les nuraghes.
Sardaigne hors des sentiers battus : pourquoi sortir des plages
D'abord un chiffre qui m'avait marqué quand j'ai commencé à m'intéresser à la question : on parle de plusieurs milliers de nuraghes recensés sur l'île. Certains sont restaurés, balisés, avec un panneau explicatif. Beaucoup d'autres sont posés au milieu d'un champ, sans clôture, sans ticket, sans personne.
L'intérieur n'est pas vide, il est invisible
Sur une carte touristique classique, le centre de la Sardaigne apparaît comme une tache beige. En réalité, c'est là que se concentre l'histoire la plus ancienne de l'île. La Barbagia, dont le nom viendrait d'une racine liée à « barbare » (les Romains y voyaient une zone mal soumise), a gardé des traditions de transhumance, des fêtes de carnaval masquées, une cuisine qui ne ressemble à aucune autre sur le pourtour méditerranéen.
Ce que vous ne trouverez pas dans les centres balnéaires : le silence. Le vrai. Celui où l'on entend le vent passer dans les chênes-lièges.
Ce que la côte ne montre pas
Le littoral sarde est spectaculaire, personne ne le conteste. Mais il est aussi très aménagé. L'arrière-pays, non. Une route de montagne peut vous tenir compagnie pendant quarante minutes sans une seule voiture croisée. Et au bout, une tombe de géant du IIe millénaire avant notre ère, posée là, seule.
La première fois que j'ai poussé jusqu'à un de ces sites, je me suis retrouvé devant une pierre tombale de quatre mètres de haut en forme de proue. Sans un bruit. Aucun gardien, aucune boutique de souvenirs, aucun panneau en anglais. J'ai dû vérifier sur mon téléphone que j'étais bien au bon endroit.
Quelle est la plus jolie partie de la Sardaigne ?
Je vais être partial, et j'assume : pour moi, la plus jolie partie de la Sardaigne est la région de l'Ogliastra, sur la côte est, complétée par les hauteurs de la Barbagia. Ce n'est pas la réponse la plus consensuelle, mais c'est la plus honnête.
L'Ogliastra, ou la Sardaigne qui tombe dans la mer
L'est de l'île a ceci de particulier que la montagne ne recule pas devant l'eau : elle y plonge directement. Résultat, des criques accessibles seulement par sentier ou par bateau, des falaises qui tombent sur une eau très claire, et une bande côtière où l'on peut encore trouver des plages sans transat ni parasol payant.
Le problème, c'est l'accès. Certains points de baignade demandent vingt à trente minutes de marche, parfois plus sous le soleil. Je ne recommande pas d'y aller en tongs : j'ai vu un couple redescendre en portant ses sandales à la main, épuisé, après avoir renoncé à mi-chemin.
La Barbagia, l'autre Sardaigne
Si vous cherchez du relief, de la forêt, des villages accrochés à la pente et une gastronomie qui se mange sans chichi, c'est là. Le pain carasau, les fromages de brebis, le cochon de lait rôti. Un repas dans une trattoria de village m'a coûté moins de vingt euros, avec le vin de la maison.
Pour comparer les deux zones selon votre profil :
| Critère | Ogliastra (est) | Barbagia (centre) |
|---|---|---|
| Paysages | Falaises, criques, mer | Montagne, forêts, plateaux |
| Accès | Sentiers, parfois escarpés | Routes de montagne sinueuses |
| Fréquentation | Modérée en haute saison | Faible presque toute l'année |
| À voir | Plages isolées, sentiers côtiers | Nuraghes, villages, artisanat |
| Idéal pour | Randonnée et baignade | Culture et gastronomie |
Quels sont les lieux insolites à visiter en Sardaigne ?
La Sardaigne a un avantage sur beaucoup de destinations : son patrimoine archéologique est si dense qu'on tombe sur des sites sans les chercher. Encore faut-il savoir ce qu'on regarde.
Les domus de janas, ou « maisons des fées »
Ce sont des tombes creusées dans la roche, parfois sur plusieurs pièces, qui remontent au Néolithique. Le nom vient d'une légende locale : on y voyait autrefois la demeure de petites créatures féminines. La plupart sont en accès libre.
J'en ai visité une près d'un village de l'intérieur, sans indication sur la route. Le propriétaire du terrain voisin m'avait indiqué du doigt un bosquet. Cinq minutes plus tard, j'étais devant une entrée taillée dans le tuf, avec des motifs en relief à l'intérieur. Personne. Pas un bruit. Une sensation étrange, entre le respect et le malaise.
Les nuraghes, et le mystère qui va avec
Ces tours coniques en pierre sèche, bâties à l'âge du bronze, font partie des structures les plus anciennes d'Europe encore debout. Leur fonction exacte reste discutée : forteresse, résidence d'un chef, lieu de culte, tour de guet. Personne n'est totalement d'accord.
Ce qui est sûr : la technique de construction sans mortier tient depuis plus de trois mille ans. Sur place, on comprend vite pourquoi certaines sont encore d'aplomb malgré les siècles.
Trois lieux qui ne figurent pas dans les brochures
- Les puits sacrés : des puits à escalier monumental, taillés dans la pierre, liés à un culte de l'eau. Plusieurs sont visitables et souvent déserts en semaine.
- Les grottes de l'intérieur : moins médiatisées que celles de la côte, mais parfois plus impressionnantes par leur taille.
- Les villages de mineurs abandonnés, dans le sud-ouest de l'île. Architecture industrielle du siècle dernier, aujourd'hui vide. Un décor qui ne ressemble à rien d'autre en Méditerranée.
Quel est le plus beau village de Sardaigne à visiter absolument ?
Là, je vais fâcher du monde. Mais la question mérite une réponse franche : pour moi, le village le plus marquant est Orgosolo, dans la Barbagia, pour ses fresques murales qui racontent l'histoire sociale de la Sardaigne.
Orgosolo et ses murs
Des dizaines de peintures recouvrent les façades du village, sur des thèmes qui vont de la lutte paysanne aux conflits contemporains. Ce n'est pas décoratif : chaque mur porte un propos politique. On marche dans les ruelles, on lit, on s'arrête.
Je m'y suis attardé plus longtemps que prévu. Une habitante m'a expliqué, en italien lent, pourquoi certaines fresques dataient des années de grande contestation et d'autres avaient été repeintes. Une heure d'explication gratuite, devant un mur, avec des gestes.
Et les autres ?
Bosa, sur la côte ouest, est souvent citée pour ses maisons colorées au bord du fleuve. Elle est belle, oui. Mais elle est aussi très visitée. Si vous cherchez le calme absolu, un village perché de l'intérieur, avec deux rues et une église, fera davantage l'affaire. Le nom importe moins que le fait d'y arriver sans avoir planifié la halte.
Visiter le centre de la Sardaigne : ce qu'il faut savoir avant de partir
Trois erreurs que j'ai commises, dans l'espoir que vous les évitiez.
Les pièges logistiques
- Prévoir trop de kilomètres par jour. Les routes de montagne sont lentes. Cent kilomètres peuvent prendre deux heures et demie. J'ai raté un site que je voulais voir parce que j'avais mal calculé.
- Compter sur le réseau téléphonique. Dans certaines vallées, il n'y a tout simplement rien. Téléchargez les cartes hors ligne.
- Arriver en plein mois d'août. Pas pour la chaleur, mais parce que les meilleures trattorias ferment, et que les petits villages se vident vers la côte.
Quand partir, concrètement
D'avril à juin, puis de septembre à mi-octobre. La lumière est plus douce, les températures raisonnables pour marcher, et la fréquentation des sites est nettement plus faible. En février, l'intérieur peut être froid et certains cols exposés au vent.
Un point que personne ne mentionne jamais : certaines routes de l'intérieur ferment ou deviennent difficiles par mauvais temps. Vérifiez l'état des axes avant de partir sur une boucle longue.
La Sardaigne, à l'écart des itinéraires
Ce que j'ai fini par comprendre, au fil des séjours, c'est que l'île ne se visite pas en cochant des points sur une carte. Elle se traverse lentement, en acceptant de s'arrêter devant un panneau rouillé qui indique un site dont vous n'avez jamais entendu parler.
La prochaine fois que quelqu'un vous demandera conseil pour la Sardaigne, parlez-lui du berger et de ses chèvres. Pas de la plage.